Traquer et juger les génocidaires ; un autre moyen de contrecarrer les négationnistes  

Nier le génocide au grand jour, tel est l’un des aspects utilisé par ceux qui veulent rayer des cerveaux  des gens que le génocide perpétré contre les tutsi en 1994 n’ait pas eu lieu. Ceux-ci vivent souvent dans les pays étrangers (Europe et USA). La compétence universelle de certains pays et la volonté politique (européens) permet pourtant d’appréhender, de juger ou d’extrader  les présumés génocidaires vivant sur leur sol. Négationnistes et révisionnistes sont ainsi étouffés.

Au lendemain  de la reconnaissance du génocide perpétré contre le tutsis en 1994, le Rwanda en particulier a pris le devant pour juger les présumés coupables. Par le biais des juridictions classiques et par le soutien des juridictions populaires communément appelées « gacaca ». En dehors des efforts du Rwanda, l’ONU a mis en place le  Tribunal International pour le Rwanda, lequel tribunal s’est surtout penché à juger les présumés « cerveaux » du génocide, éparpillés  dans le monde.  

Traquer, juger, extrader  

Si les efforts de traquer les génocidaires et de les traduire en justice sont manifestes, des courants de négationnistes et révisionnistes rwandais et étrangers n’ont pas aussi cessé de monter au créneau. Niant le génocide perpétré contre les tutsi d’une part ou avançant la théorie du double génocide de l`autre part. Ces derniers le font par le torpillage  des efforts fournis aussi bien par le Rwanda que par la communauté internationale pour rendre une justice équitable aux victimes du génocide et accorder ainsi des réparations aux rescapés. Somme toute, si on mettait à la balance leurs efforts et la reconnaissance de la communauté internationale de traduire les forfaitaires en justice, leur terrain n’est pas gagnant. Mais, peu influent soit-il il, il est à déraciner pour ne pas envenimer les générations qui, pris par la lecture de l’histoire via l’internet et les réseaux sociaux se verraient trompés.

Comme pour contrecarrer ces idéaux souvent qualifiant aussi la justice locale de dépendante, et d’agissant sous le couvert de la justice du vainqueur sur le vaincu, certains suspects impliqués dans le génocide contre les Tutsis au Rwanda, fugitifs à l’étranger, ont commencé à être extradés vers le Rwanda en collaboration avec l’Unité rwandaise  de Suivi des Fugitifs du Génocide (GFTU). D’autres pays ont choisi de les juger eux-mêmes. La Belgique a été l’un des premiers pays qui a compris la gravite du génocide perpétré contre les tutsi (et qui a même demandé pardon pour sa passivité en 2000). Déjà en 2001, un procès dit historique a eu lieu devant la cour d’assises belge et a fini par se prononcer aux accusations portées contre quatre rwandais (le procès dit des 4 de Butare) soupçonnés et finalement incriminés pour avoir  participé aux massacres des tutsi dans les milieux où ils dirigeaient. Ce procès qui selon les médias belges a couté plus de 3,05 millions d’euros dans la préparation et le déroulement a ainsi montré que justice n’a pas de frontières et que nul part au monde l’impunité n’a pas de place.  En vertu d’une loi de 1993 accordant la compétence universelle aux tribunaux belges pour les crimes de guerre, ces rwandais ont été jugés pour des faits commis à l’étranger.

Fait historique aussi, pour la première fois en dehors du Rwanda, une justice civile nationale s’est prononcé sur des faits commis au cours d’un génocide que la « communauté internationale »  en particulier la Belgique, la France et l’ONU  ont a été accusés dans plusieurs rapports de ne pas avoir empêché.

De ce procès Vincent Ntezimana, professeur d’université de Butare et Alphonse Higaniro, ancien ministre et industriel, sont suspectés d’avoir inspiré et organisé des massacres de Tutsis à Butare, préfecture du sud du Rwanda. Consolata Mukangango (Soeur Gertrude) et Julienne Mukabutera (Soeur Maria-Kizito), religieuses, sont, elles, accusées d’avoir livré aux miliciens hutus plusieurs milliers de personnes qui s’étaient réfugiées au couvent bénédictin de Sovu. Tous les quatre  ont écopé  entre 12 ans et 20 ans de prison. Ces mesures qui ont été engagées en retard (jusque maintenant peu sont jugés à l’étranger)  sont, à vrai dire, parmi les actes qui découragent les négationnistes avec leur argument tout azimuts.

Traduire partout en justice, les présumés génocidaires est aussi un outil à la réconciliation des mémoires des rescapés qui  attendent de voir les leur réhabilités par une justice équitable. C’est l’avis de Jean Claude Gasasira, rescapé du génocide,  « ceci  a sensiblement réduit progressivement l’influence des négationnistes et révisionnistes du génocide des Tutsis, qui criaient surtout en Europe qu’il n’y a pas eu de génocide.»

Les grandes nations montrent de la volonté

La Cour européenne des droits de l’homme a confirmé en 2011 la décision du tribunal suédois d’extrader Ahorugeze Silvère, qui avait fait appel pour ne pas être extradé  au Rwanda. Cette décision de la Cour européenne des droits de l’homme a été d’un apport considérable, car d’autres pays  se sont sentis impliqués dans la justice pour la cause des victimes.

Dans la foulée, les États-Unis ont envoyé  24 personnes soupçonnées d’implication,  la RDC, l’Ouganda, et les  Pays-Bas ont envoyé chacun trois  soupçonnés,  le Canada, le Danemark en ont également envoyé deux. L’Allemagne, la Norvège et le Malawi en ont également envoyé un par pays, et le TPIR en a envoyé trois.

Même si le nombre ne fait pas valeur de la justice rendue, il est important de souligner que d’autres pays comme la Belgique ont aussi jugé les présumés coupables. La Belgique, la Suède, la France, l’Allemagne, la Suisse, la Finlande ont tous ensemble jugé une vingtaine de personnes.

Si loin du Rwanda des efforts bien que lents soient consentis, il n’en est pas de même pour le continent africain ou la participation dans la traque est si faible. Sur les 1 100 fugitifs du génocide toujours en liberté, 408 se trouvent dans la République démocratique du Congo, 277 en Ouganda, 63 au Malawi, 15 au Burundi, 52 en Tanzanie, 47 en France, 42 au Congo Brazzaville et 40 en Belgique, selon les données de la GFTU. Jean-Bosco Siboyintore, chef de l’Unité de suivi des fugitifs du génocide, a pointé du doigt ces pays « protecteurs » d’avoir été muets face à tous ces suspects au Rwanda, en l’absence de mobilisation et de volonté politique. “Il y a un manque de volonté politique car certaines personnes qui sont censées appliquer les actes d’accusation n’y sont pas favorables ou n’attachent aucun intérêt à ce crime contre l’humanité, or le génocide demeure un crime international’’, a-t-il déclaré à l’agence turque de presse, Anadolu, en avril et ce, de quoi inquiéter les défenseurs des droits de l’homme et des rescapés du génocide en particulier.

Des efforts louables ?

Tout compte fait, le gouvernement rwandais se félicite que certains pays aient commencé à jouer un rôle majeur pour traduire en justice les personnes soupçonnées d’être impliquées dans le génocide contre les Tutsi et ainsi ne plus donner place aux négationnistes et à l’idéologie génocidaire. De quoi se réjouir le gouvernement rwandais par le biais du porte parole du parquet rwandais Faustin Nkusi qui a salué les différents pays impliqués dans leur traque ainsi que l’Interpol. “C’est une question de voir les pays déjà conscients de la question du génocide perpétré contre les Tutsis et ne soutiennent pas la culture de l’impunité”.

Avis partagé par le Professeur  Dusingizemungu Jean Pierre, Président alors d’Ibuka, et le Dr. Bizimana Jean damascène secrétaire exécutif de la Commission nationale de lutte contre le génocide CNLG qui, après l’arrestation de Kabuga ont fait respectivement éloge de la justice internationale et ont déclaré qu’ « elle avait déjà fait des progrès significatifs dans l’arrestation des suspects du génocide contre les Tutsi » et que « cela serve de leçon aux autres qui continuent de se cacher dans le monde croyant que parce qu’ils sont loin du Rwanda, ils échapperont à la main de la justice.»  

Malgré des efforts loués, des pas sont encore à faire. Tandis que le TPIR a clos ses portes et laissé ses activités au Mécanisme résiduels de suivi, certains fugitifs sont encore recherchés, d’autres sont soutenus au grand jour par certains pays, ce qui rend le travail plus difficile et la justice tardive.

Marie Louise Uwizeyimana                   

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