
Les petites et moyennes entreprises (PME) rwandaises qui souhaitent développer leurs activités sur les marchés africains devraient commencer par mieux étudier les marchés ciblés afin de comprendre les opportunités, les règles et les exigences qui s’y appliquent, a recommandé Kayitesi Eugenie, représentante de l’Institute of Policy Analysis and Research-Rwanda (IPAR).
Elle s’exprimait lors d’un atelier de renforcement des capacités consacré au Protocole de l’Accord portant création de la Zone de libre-échange continentale africaine (AfCFTA) sur le commerce des services, organisé le 13 août 2026 à Kigali par les champions nationaux de l’AfCFTA, Akandwanaho Amos et Adeodata Marie Ange Assoumpta, avec le soutien de l’African Capacity Building Foundation (ACBF), de l’ESAMI-Trade Policy Training Centre in Africa (ESAMI-Trapca), en collaboration avec les acteurs concernés par la mise en œuvre de l’AfCFTA.
Selon Kayitesi Eugenie, les entrepreneurs ne devraient pas se précipiter vers les marchés étrangers uniquement parce que l’intégration commerciale africaine ouvre de nouvelles possibilités.
« Les PME doivent évaluer le marché avant d’aller investir dans un autre pays », a-t-elle conseillé, appelant les entrepreneurs à se renseigner sur la demande, les conditions d’accès, les réglementations et les possibilités commerciales avant de prendre des décisions d’investissement.
Des opportunités encore peu connues

L’un des principaux défis soulevés au cours des échanges est le manque d’information dont disposent encore de nombreuses PME rwandaises sur les possibilités offertes par l’AfCFTA.
Plusieurs PME interrogées dans le cadre des échanges ont indiqué qu’elles n’étaient pas suffisamment informées sur ces opportunités. Elles ont toutefois manifesté un grand intérêt à saisir ces possibilités dès lors qu’elles auront accès à des informations pratiques et facilement compréhensibles.
Cette situation rejoint les constats présentés dans le cadre du programme CADAST-ACBF. La présentation relève un « significant gap » dans la compréhension pratique de l’AfCFTA chez les PME et les jeunes, malgré un intérêt important pour le commerce transfrontalier. Elle souligne également que les entreprises ont encore des difficultés à identifier les points d’entrée vers les marchés et que leur préparation à l’exportation constitue un obstacle majeur.
Le programme estime ainsi qu’il existe un besoin urgent de fournir aux PME des informations simples et accessibles sur les procédures commerciales, les conditions d’accès aux marchés et les instruments disponibles.
Le Rwanda veut faciliter l’accès aux marchés africains
Le Rwanda est présenté comme l’un des pays africains les plus engagés dans la mise en œuvre de l’AfCFTA. Selon le document de cadrage de l’atelier, le pays considère l’intégration continentale comme une opportunité de développer les échanges, d’attirer les investissements et de renforcer la compétitivité des entreprises.
Le pays poursuit ses efforts pour créer un environnement favorable aux entreprises à travers des politiques adaptées, la facilitation des échanges, la transformation numérique, les accords de reconnaissance mutuelle (MRAs) et le soutien aux PME.
« Nous valorisons les partenariats qui continuent de faire progresser notre agenda national et régional en matière de commerce », a-t-il été souligné par le representant du Minisere de la commerce Monsieur Kayitare Gloire lors des échanges.

Dans le secteur des services, le Rwanda s’est engagé, au niveau du bloc de la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC), dans cinq secteurs dans le cadre de l’AfCFTA : les services aux entreprises, les communications, les services financiers, le tourisme et les services liés aux voyages, ainsi que les transports.
Les participants ont notamment été sensibilisés de lister d’engagements spécifiques, qui permettent de comprendre les engagements pris par les différents pays en matière d’ouverture de leurs marchés de services.
Les accords existent, mais leur mise en œuvre reste une préoccupation
Malgré l’existence de ces mécanismes, les participants ont surtout voulu savoir comment les accords commerciaux sont concrètement appliqués par les différents pays et comment une PME peut passer de l’existence d’un accord à une activité commerciale réelle.
Cette préoccupation reflète l’un des principaux défis identifiés par le programme CADAST : le décalage entre les engagements pris au niveau des politiques et la réalité vécue par les acteurs économiques. Le programme relève notamment une connaissance limitée des procédures commerciales simplifiées, des mécanismes de signalement des barrières non tarifaires (NTB), ainsi que des exigences sanitaires et phytosanitaires (SPS) et des obstacles techniques au commerce (TBT).
Pour répondre à ces difficultés, l’atelier a également porté sur des outils pratiques tels que l’AfCFTA Digital Hub, le système PAPSS pour les paiements transfrontaliers et le mécanisme de signalement des barrières non tarifaires.
Femmes et jeunes au cœur de la stratégie
Une attention particulière a été accordée aux femmes et aux jeunes, considérés comme des acteurs essentiels de l’intégration commerciale africaine.

Le programme CADAST souligne que les femmes représentent près de 70 % des commerçants transfrontaliers informels au Rwanda, tandis que les jeunes constituent une importante composante de la population. Toutefois, ces groupes restent confrontés à des difficultés telles que l’accès limité au financement, le manque d’information et leur faible participation aux plateformes formelles de consultation.
L’objectif de l’atelier était donc de donner aux PME, notamment celles dirigées par des femmes et des jeunes, les connaissances et outils nécessaires pour participer plus efficacement au commerce continental. Il s’agissait notamment de renforcer leurs capacités en matière d’accès aux marchés, de conformité réglementaire, de coopération entre autorités et d’intégration dans les chaînes de valeur régionales.
Pour les organisateurs, la sensibilisation ne devrait toutefois pas s’arrêter aux ateliers. Le défi consiste désormais à transformer les connaissances acquises en opportunités commerciales concrètes, en rapprochant les PME des informations, des instruments et des marchés auxquels elles peuvent réellement accéder.
L’enthousiasme exprimé par les PME rencontrées montre que la demande existe. Ce qui semble encore manquer, c’est une information pratique permettant aux entrepreneurs de savoir où aller, quelles règles respecter, quels marchés cibler et comment utiliser concrètement les instruments de l’AfCFTA.













